24 Heures

24.11.2009

La (mauvaise) idée du salaire minimum est en vogue

Décidément, il est beaucoup question, ces temps, de salaire minimum ! Dans nombre de cantons, des initiatives sont en cours pour exiger un salaire cantonal minimum obligatoire, initiatives considérées d’ailleurs, à juste titre, contraires au droit fédéral aussi bien dans le canton de Vaud qu’à Genève. Le Parti socialiste suisse, lui aussi, s’est emparé du thème et a décidé de lancer une initiative, sur le plan fédéral cette fois-ci, qui exigerait l’instauration d’un salaire minimum fixé à 60% du salaire médian, soit actuellement 3'500 francs par mois. Et pour nouer la gerbe, c’est au tour de l’Union syndicale suisse et d’UNIA d’annoncer aujourd’hui une initiative populaire visant prioritairement à « encourager » les conventions collectives prévoyant des salaires minimaux, mais de fixer aussi, subsidiairement, un salaire minimal général d’un montant de 3'600 francs par mois, 13 fois.

Quelles que soient les nuances contenues dans ces différents textes, il convient de s’opposer fermement à l’inscription, fût-ce à titre subsidiaire, d’un salaire minimum dans la loi ou la constitution. A bien des égards, le salaire minimum agirait comme un puissant facteur de nivellement par le bas, ce qui n’est de toute évidence pas souhaitable. Par ailleurs, cela nuirait à la compétitivité de plusieurs branches et entreprises, donc également à l’emploi, et pénaliserait de ce fait ceux-là même que la mesure était censée aider, tout en risquant de provoquer une recrudescence du travail au noir. Il s’agit bien plutôt de laisser exclusivement aux partenaires sociaux (sans qu’il y ait besoin d’«encouragement» dans ce sens) et au jeu du marché le soin de déterminer le montant des salaires.

Notons enfin que le niveau général des salaires en Suisse peut être qualifié de bon, voire très bon en comparaison internationale. Les facteurs essentiels de notre prospérité et de notre essor économique, ce sont la quête de l’innovation et la recherche de l’excellence et non pas la course aux salaires les moins coûteux.

Alain Maillard

19.11.2009

Qui a jamais cru que la voie bilatérale pouvait être facile?

L’ambassadeur de l’Union européenne en Suisse, M. Michael Reiterer, mais aussi la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, ont récemment insisté sur les «difficultés» que la Suisse pourrait rencontrer ces prochaines années dans ses relations avec les institutions européennes. Dans le cas de M. Reiterer, on comprend facilement qu’il «fait son boulot»: il défend les intérêts du pouvoir bruxellois en entretenant une crainte diffuse chez des partenaires de négociations qu’il souhaite placer en position de faiblesse. On saisit en revanche moins bien les raisons pour lesquelles Mme Calmy-Rey lui emboîte le pas.

Ces fameuses «difficultés» viendraient, à ce que l’on nous explique, d’un renforcement du pouvoir des institutions européennes, notamment du Parlement européen, par rapport à celui des Etats membres. Si cela se confirme dans les faits, ce sera un argument supplémentaire en défaveur d’une adhésion de la Suisse, qui saura ainsi ce qu’elle a à perdre en rejoignant le «club» européen. Il sera d’ailleurs intéressant d’observer comment les petits pays – Luxembourg, Autriche, etc. – pourront continuer à faire valoir leurs intérêts au sein de l’UE.

On nous laisse entendre que la Suisse, dorénavant, devra davantage se plier aux diverses «exigences» de l’Union européenne – selon le principe traditionnel du droit international qui veut que les plus gros et les plus forts imposent leurs vues aux plus petits. C’est possible. Et alors? La situation ne serait de toute manière pas meilleure si la Suisse était membre de l’Union européenne; tout au plus les «difficultés» seraient-elles réduites puisqu’il n’y aurait pas grand chose à négocier.

Quel intérêt avons-nous, dès lors, à jouer à nous faire peur? Personne n’a jamais pensé que les relations bilatérales étaient quelque chose de simple, ni qu’elles allaient le devenir. La perspective de «difficultés» ne doit pas nous amener à céder, mais bien plutôt à nous préparer à négocier âprement.

P.-G. Bieri

12.11.2009

Trafic d’agglomération : près de 2 milliards de francs à la charge des Vaudois !

Le Conseil fédéral vient de publier les listes des infrastructures de transport d’agglomération (trams) que la Confédération cofinancera à hauteur de 40% au maximum d’ici 2018. Ces listes concernent les trois agglomérations vaudoises de Lausanne (260'000 habitants), Yverdon (30'000 habitants) et le district de Nyon (84'000 habitants), partie du grand Genève (près de 800'000 habitants).

Première conclusion : Pas un centime n’est attribué pour l’heure aux deux agglomérations vaudoises de la Riviera (81'000 habitants) et d’Aigle-Monthey (44'000 habitants).

Deuxième conclusion : Un grand nombre d’infrastructures ne bénéficieront d’aucune subvention fédérale, ce qui fait qu’elles devront être payées à 100% par le canton et les communes concernées.

Troisième conclusion : Le canton et les communes concernées devront payer 60% des infrastructures subventionnées par la Confédération.

Conséquences : Sur la base d’une projection de juin 2008 des services de
M. Marthaler, qui table exactement sur le montant des subventions fédérales proposées par le Conseil fédéral, ce ne sont pas moins de 1'400 millions de francs d’investissements que les Vaudois devront payer d’ici 15 ans, sans compter les investissements pour la Riviera et Aigle-Monthey ! Cette somme est d’autant plus importante qu’elle ne comprend pas les frais d’exploitation de ces infrastructures, entièrement à la charge du canton et des communes concernées. Par ailleurs, il faut prévoir que le canton et les communes concernées devront certainement emprunter pour préfinancer les subventions fédérales en cas de coupes budgétaires au niveau de la Confédération.

Questions : Comment se fait-il que le Conseiller d’Etat en charge des infrastructures n’ait publié à ce jour aucune planification financière montrant comment le canton et les communes concernées financeront près de 2 milliards de francs d’investissements, plus les frais d’exploitation liés à ces derniers ?
Sans vision à long terme, les Vaudois accepteront-ils de passer ainsi à la caisse ?


Patrick Eperon

05.11.2009

Une initiative dangereuse pour l’emploi et la sécurité

Pour la troisième fois après 1972 et 1997, nous aurons à nous prononcer le 29 novembre prochain sur l’interdiction d’exporter du matériel de guerre. Ce texte, soutenu par la gauche et l’extrême gauche (dont les Verts) ne vise pas seulement à interdire l’exportation et le transit de tout matériel militaire, mais aussi de toute partie d’équipement pouvant être transformée en matériel militaire et de toute connaissance technologique liée à ce domaine.
On le constate, le spectre est extrêmement large et menace concrètement nombre de produits développés par nos industries tels que simulateurs, systèmes de guidage, matériel de protection ou appareils de codage. Les composants sont eux-aussi visés, ce qui ne manquera pas de toucher un nombre important d’entreprises. L’exemple de Vibro-Meter à Fribourg est à ce titre tout à fait parlant.
L’adoption de ce texte menacerait directement près de 10'000 emplois, dont près de 3'000 en Suisse romande, du fait des nombreuses entreprises de la mécanique ou de la chimie, notamment sous-traitantes, qui seraient ainsi privées de débouchés indispensables à leur survie. Plus largement, c’est toute la branche de la sécurité qui serait mise en péril.
Cette initiative n’apporterait aucune contribution à la paix dans le monde mais sacrifierait une partie de nos emplois, de notre industrie, de notre prospérité et de notre capacité de défense.

Jean-Hugues Busslinger

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